Années 1860 : remarquables écoles professionnelles pour filles

Publié le par Philippe Mangion

J’ai parlé ici des cours de la rue de Hautefeuille que Louise Michel fréquenta assidûment avant la Commune, dans les années 1860, et de l’école professionnelle pour filles de la rue Thévenot (aujourd’hui rue Réaumur) où elle enseigna dès sa création.  
La pionnière de l’enseignement professionnel pour les femmes fut Elisa Lemonnier, qui mourut en 1865, trois ans seulement après la création de sa première école. Mais elle eut le temps d’ouvrir plusieurs établissement et faire beaucoup d’émules (1), qui amplifièrent son œuvre. 
Elle formait avec Charles Lemonnier, son mari, un couple de saint-simoniens atypique.  Ils semblaient d’accord sur l’idée d’un « mariage tempéré par le divorce » (Le divorce avait été abrogé sous la Restauration, il sera rétabli en 1886). Elle ne le suivit pas lorsqu’il essaya avec d’autres de théoriser la polygamie.
Mais l’amour de Charles pour Elisa semblait sincère, l’admiration aussi. Il lui rendit hommage à travers un livre qu’il publia en 1874, quelques années après sa mort (2). Je suis tombé sur un article de sa main, la même année, dans un journal de Chicago, The Hospital Bazaar (3).  Je le trouve émouvant, ce n’est pas courant à l’époque, ni de nos jours d’ailleurs, un homme qui s’efface devant l’œuvre de sa femme, puis fait vivre sa mémoire.
La plupart des noms cités par Charles dans cet article, Julie Toussaint, Madame Simon, Moo Paulin étaient des proches de Louise Michel. Ils reflètent la bouillonnement naissant autour de l’émancipation des femmes à la fin du Second empire.
J’aime égrainer la liste des métiers, cités par Charles, que l’on apprenait dans ces écoles : herboristerie, gravure sur bois, fleurs artificielles, peinture sur porcelaine, dessins pour châles, ... 
J’imagine les filles, certificat en poche, intégrant les ateliers de la « Fabrique de Paris » dont les traces sont encore visibles au fond des cours, derrière les portails. Ce furent autant de grisettes qui purent échapper à la domesticité.
On est épaté par le principe fondamental de laïcité qui régit ces écoles : « aucun prêtre d’aucune religion ne sont admis dans ces écoles où sont admis sans distinction des enfants appartenant à tous les cultes et même des élèves qui n’appartiennent à aucun... », écrit Charles. 
Cela se passait 40 ans avant la loi de 1905, et tout est déjà là !
Il ajoute qu’une société fut créée pour gérer ces écoles professionnelles. « Elle a ceci de particulier que seules des femmes peuvent faire partie du conseil d’administration et des comités. »
Gloire aux vaillantes pionnières !

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Notes :
(1) Ce site retrace les « écoles Lemonnier » : https://www.cparama.com/.../ecoles-elisa-lemonnier-t25623... 
(2) « Élisa Lemonnier, fondatrice de la Société pour l'enseignement professionnel des femmes », Charles Lemonnier. Imprimerie Cusset, 1874. En lecture libre ici : https://books.google.fr/books?id=LysSRvSB6DUC...
(3) Fac-similé du journal : ici

 

Publié dans Louise Michel

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