[Court] Vieux-Boucau

Publié le par Philippe Mangion

Le Vieux-Boucau, en cette saison, ne présentait que des maisons aux volets clos donnant sur de grands parkings déserts. L’océan était invisible, caché par la dune. Fadila racontait avec excitation ses anecdotes d’enfance, reconnaissant les lieux à mesure de notre progression. J’imaginais le cirque, la fête foraine, les bals, les familles, les cris, les embouteillages et les orages.

Nous gravîmes la dune à pied. Au sommet, je pris la vision de l’océan en pleine gueule, comme un enfant qui voit la mer pour la première fois. Un sentiment de puissance infinie s’en dégageait. Sur quelques pas, je découvris l’immense surface blanche, brillante, aveuglante, le corps à corps du sable et de l’eau, dont la ligne de front au loin s’effaçait. J’en ressentais les vibrations, les grondements, les frottements.

Fadila s’était avancée seule sur la dune. Une longue chaîne courbe, formée de l’empreinte de ses pas, la rattachait à moi. Je la remontais, comme une embarcation en détresse tractée par un navire de sauvetage. Dans l’immense étendue que nous couvrions du regard, seuls un promeneur et son chien étaient visibles. Si loin qu’en réalité je ne distinguais que deux points en mouvement. L’un s’écartait de l’autre puis s’en rapprochait à nouveau, mu par un invisible bâton. La scène, progressivement, m’apaisait.

C’était donc le lieu où Fadila avait décidé de me voir guérir, ou peut-être mourir.

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Texte court paru dans la revue l'Inventoire

https://www.inventoire.com/vos-textes-a-partir-de-lannonce-de-marie-helene-lafon-23/

 

Publié dans Poésie

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